Interview

Par quels chemins êtes-vous venu à la photographie ?

Mes lectures d’enfant : Tintin, Blake et Mortimer, Moby Dick, le Livre de la jungle de Rudyard Kipling, Michel Strogoff de Jules Verne. À tout cela s’ajoutait une grand-mère voyageuse, qui m’inondait de souvenirs : laques chinoises, boîtes à musique péruviennes, statuettes de l’île de Pâques. Cela a éveillé chez moi une curiosité pour l’inconnu, les terres lointaines. Alors, depuis l’âge de 17 ans, je voyage. Parfois en prenant mon temps, souvent en un éclair, pas plus de quelques jours. Une fois parti, tout attise mes rêves, ma curiosité : les mégapoles, les déserts, les forêts équatoriales, les sociétés, les gens. Je dois voir, pour sentir, pour ne pas me sentir étranger. Lorsque j’ai découvert la photographie, elle s’est imposée à moi comme vecteur évident dans cette quête du monde.


How did you become a photographer?

First of all there’s the reading I did as a child: Tintin, Blake and Mortimer, Moby Dick, The Jungle Book by Rudyard Kipling, Michel Strogoff by Jules Verne. To that was added a travel-loving grandmother who inundated me with souvenirs: Chinese laquerware, Peruvian music boxes, statuettes of Easter Island. This awoke within me a curiosity for the unknown and for distant lands. So, since the age of 17, I’ve travelled. Sometimes taking my time, sometimes making lighting visits of no longer than a few days. Once I’d set off, everything fanned my dreams and aroused my curiosity: megalopolises, deserts, equatorial forests, societies, people. I need to see and feel, in order not to feel like a foreigner. When I discovered photography, it imposed itself upon me as a self-evident vector in this quest for the world.


Vous vivez depuis longtemps en plein ciel. Cela change-t-il votre regard sur les paysages ? Comment cela se traduit-il dans votre travail ?

Vingt-cinq ans entre ciel et terre. Mon parfum préféré était le kérosène. Mon œil s’enflammait en arrivant à Orly. Me rapprocher des avions, des bateaux était une nécessité. Les panoramiques aériens, les chocs visuels, les lumières à couper le souffle du lever au coucher du soleil. Les calmes nuits aux aurores boréales en hiver sur les routes nord. Flirter avec la comète de Halley pendant un mois. Au-dessus des nuages, au-dessus de tout ce qui vit. En altitude, chaque détail a de l’intérêt. La petite ville en dessous, le pont à dix kilomètres, la route sinueuse qui monte dans les massifs à cinquante kilomètres, le bord de mer à cent kilomètres… Voir loin. L’altitude ouvre le champ visuel, elle force à embrasser, englober. Grâce à elle, je suis heureux dans les grands volumes, le vaste. Mais, pour moi, tout cela n’a d’intérêt que s’il s’en dégage un mystère. Je fuis la photo géographique. Un élément photographique n’a d’importance que dans un contexte plus large qui lui donne une raison d’être présent. Plusieurs degrés de lecture sont indispensables, faute de quoi, l’œuvre n’a pas de sens. J’utilise très souvent un objectif grand angle en panoramique, même pour mes portraits rapprochés. Mes portraits sont des panoramas, des paysages de personnages.


You have lived for a long time in the open air. Has this changed the way you see landscapes? How has this impacted on your work?

Twenty-five years between the sky and the earth. My favourite smell was kerosene. My eyes lit up on arriving at Orly airport. I had to get closer to planes and boats. Overhead panoramas, visual shocks, lights that take your breath away from dawn to dusk. Calm nights with the Northern Lights in winter on northern roads. Courting Halley’s comet for a month. Above the clouds, above all that lives. High up, every detail is interesting: the little town below, the 10-kilometre bridge, the winding road that climbs the mountains for 50 kilometres, the 110-kilometre seafront. Seeing far ahead. Altitude opens up the visual field, forces one to embrace, to include. Thanks to this, I’m happy in vast, open spaces. But for me, none of that has any interest unless it gives off a sense of mystery. I flee from geographical photographs. A geographical element only has an interest in a wider context, which gives it a reason to be there. Several levels of interpretation are indispensable, without which the work has no meaning. I very frequently use a wide-angle lens in panoramic mode, even for close-up portraits. My portraits are panoramas, character landscapes.


Vous ne travaillez pas sur la capture des émotions des personnages de vos photos. Pourquoi ?

Charles Bukowski disait que « l’art n’est que politique ». Je ne peux pas dire ce qui est politique dans ma photo. Peut-être un désir de liberté, une volonté farouche de me détacher des besoins qui nous sont dictés depuis notre enfance. Je n’entre jamais dans l’intimité des sujets que je photographie. Je privilégie la vision globale. Je pense qu’on ne peut ni comprendre, ni faire jaillir la vérité du sujet en entrant dans son intimité. II y aura toujours erreur, malentendu, comme l’effet miroir de ce que l’on veut voir, une tromperie finalement. La distance est le seul moyen de rapprochement. Cependant, comme la vérité doit se lire, je suis très proche physiquement du sujet photographié. Pour ne pas créer d’inquiétude, je travaille très rapidement. Ma lumière a été calculée en amont, ainsi que le cadrage et l’angle choisis, pour ne pas faire attendre. Je shoote une photo, une seule, comme pour tout mon travail. Mon sujet n’a pas le temps d’entrer dans une réflexion du pourquoi et du comment. Pas de pose. Neutre. L’absence donne de la puissance.
Effectivement, mon travail n’est pas axé sur l’émotion du sujet, mais sur l’émotion qui se dégage du sujet. En revanche, les vêtements, les déguisements, les parures sont très importants. La façon dont les gens habitent leur fonction, leur appartenance tribale, nationale, musicale, culturelle, religieuse m’intéressent.


You do not attempt to capture the emotions of the characters in your photographs. Why not?

Charles Bukowski said, “Art is nothing but politics”. I cannot say what is political in my photographs. Perhaps a desire for freedom, a stubborn will to detach myself from the needs dictated to us since childhood. I never enter into the intimacy of the subjects I photograph. I privilege an overall vision. I think that one can neither understand, nor bring out the truth of the subject by entering into its intimacy. There will always be mistakes and misunderstandings, like the mirror-effect of what we can see: at the end of the day, deception. Distance is the only way of getting closer. Having said that, as truth must be told, I am physically very close to the subject photographed. So as not to create anxiety, I work very quickly. My light has been calculated in advance, as well as the chosen frame and angle, so as not to keep people waiting. I shoot one photo, just one, as in all my work. My subject has no time to think about the why and how. No pose. Neutral. Absence lends a force. Indeed, my work is not centred on the emotion of the subject, but on the emotion that emerges from the subject. However, clothes, disguises and jewellery are very important. The way in which people inhabit their function, their tribal, national, musical, cultural and religious affiliations interest me.


Que cherchez-vous à susciter chez le spectateur ?

Le goût de la liberté, de la curiosité, du différent, grâce à ce contact sensible, esthétique qui s’est produit dans le réel, sans filtres, sans artifices, sans mise en scène. Je suis fortement attaché à cette idée de réalité, ici et maintenant. Pas de falsification. Henri Cartier-Bresson sublimait cette belle réalité. Pas de retouche.


What are you looking to arouse in the spectator?

A taste for liberty, curiosity, for that which is different, thanks to this sensible, aesthetic contact, which appears in the real, without filters, without artifice, without staging. I am firmly attached to this idea of reality, here and now. No falsification. Henri Cartier-Bresson sublimated this beautiful reality. No modifications.


Comment se fait le déclic du désir de photographier ?

La recherche est toujours l’équilibre des forces de l’image, avec ce petit moment où tout est élégant. J’aime la limite de la photo presque ratée mais si belle. En street photography, ces moments arrivent plusieurs fois par jour si vous êtes attentif, habité par une sorte de concentration flottante, quasi dissipée. Lorsque je ressens ma lumière, je suis alerté. Mon esprit est immédiatement en éveil. Je ressens le décor, l’ambiance, et puis arrive le miracle. Le sujet vient au contact. Je suis un spectateur surpris par tant de coïncidences…



How did the desire to take photographs come about?

What I always look for is a balance between the forces of the image, with this short moment when everything is elegant. I like that boundary point of the photograph almost missed but so beautiful. In street photography, these moments happen several times a day if you are very attentive, inhabited by a sort of floating, almost dissipated concentration. When I feel my light, I am alerted. My mind is immediately awakened. I feel the décor, the ambiance, and then the miracle happens. The subject comes into contact. I am a spectator surprised by so many coincidences.


Le paysage urbain et naturel tient une place importante dans votre travail. Est-ce une forme de témoignage, d’inventaire ?

Un état des lieux, ou un témoignage, peut-être. Pas un inventaire, et surtout pas une position faisant de moi un juge. J’aimerais que l’on ignore où la photo a été prise. Mes séries existent par thèmes, et les images viennent toutes de lieux différents géographiquement. Baudrillard disait que « la photo est le désir de voir à quoi ressemble le monde en notre absence ». Me voilà absent de tant d’endroits, maintenant… La ville comme les déserts, les grandes étendues sont de parfaits endroits pour la respiration. J’utilise le monde comme un terrain de jeux. C’est l’« impression » qui guide mon travail, bien plus que tout autre considération, l’impression poétique des environnements froids. Retrouver une « grâce » de la lumière dans des lieux considérés comme hostiles. J’aime la lumière de midi en ville, elle contrarie les volumes. J’aime la lumière lorsqu’elle me surprend, quand toute l’impression change d’un coup. Je travaille toujours avec la même émulsion, sans filtre, pour retrouver la lumière exacte.


The landscape, both urban and natural, occupies an important position in your work. Is this a type of testimony, an inventory?

A taking stock, or a testimony perhaps. Not an inventory, and above all not a position that makes a judge out of me. I would like people to be unaware of where the photograph has been taken. My series exist according to theme, and the images all come from geographically different places. Baudrillard said, “the photograph is the desire to see what the world looks like in our absence”. There I am, absent from so many places, right now… The city as well as the deserts, the vast expanses, are perfect places to breathe. I use the world like a playing field. It is the “impression” that guides my work, much more so than any other consideration, the poetic impression of cold environments. Finding “grace” in the light in places considered hostile. I like the midday light in town, it confronts volumes. I like light when it surprises me, when every impression changes all of a sudden. I always work with the same emulsion, without a filter, to recover the exact light.


Vous choisissez le dépaysement géographique, mais vous abolissez les distances en traitant des sujets non « folkloriques », ou non typiques. Pourquoi ?

Je joue entre deux possibilités. « Ici et maintenant » et « là-bas et bientôt ». Où que je sois, je me sens chez moi. Ce sentiment permet d’éviter le cliché de l’image folklorique. Je dois immédiatement en capter le typique, le folklorique, pour le bannir. Il pervertit l’impression, la neutralité que je recherche. L’image doit questionner et apporter un mystère. Il ne faut pas, ou rarement, qu’un élément d’architecture vienne souligner le lieu. Cette errance flottante est essentielle. J’aime me perdre. J’ai une grande méfiance pour l’attachement. Mes clichés ne sont pas attachés à une culture, à un lieu, à une histoire, à un peuple. Je n’ai pas une « vision nationale » du globe. Privilégier le passage, la solitude, l’impermanence, le vaste toujours et encore…


You opt for geographical disorientation, but you abolish distance in dealing with untraditional, untypical subjects. Why?

I play with two possibilities: “here and now”, and “over there and soon”. Wherever I am, I feel at home. This feeling enables me to avoid the cliché of the traditional image. I must immediately capture the typical, the folkloric, in order to banish it. It perverts the impact, the neutrality that I’m looking for. The image must put things in question and provide mystery. An element of architecture should never, or rarely, underline the place. This floating errancy is essential. I like to lose myself. I am highly mistrusting of attachment. My pictures are not attached to a culture, a place, a history, or a people. I do not have a “national vision” of the globe. Privileging transition, solitude, impermanence, vast expanses, always…


Vos compositions sont très structurées, l’harmonie colorée, très recherchée. Votre travail est proche de celui d’un peintre. Êtes-vous marqué par la peinture ?

Mes parents étaient graphistes, ils travaillaient chez eux. J’aimais emprunter leur matériel, leurs papiers, leurs typos, leurs images. Les compositions fortes sont ainsi devenues instinctives chez moi, naturelles comme une respiration. Une fois la maîtrise de la technique photographique intégrée, il faut tout oublier pour laisser s’exprimer le naturel. Eugen Herrigel et Daisetz T. Suzuki expliquent un point capital du zen dans le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc . Il consiste en une maîtrise absolue de la technique, du mouvement, pour enfin l’oublier et laisser s’affirmer sa nature. Laisser venir l’instinct qui s’exprime sans vous consulter. Pas de but ni d’intention, juste un non-vouloir qui s’exprime hors de votre volonté. C’est l’unique façon pour moi d’approcher mon sujet. Je crois qu’il y a une très grande similitude entre décocher une flèche et shooter une image. « Lorsque je pense, ça devient l’enfer », disait Edward Hopper. Je fais mienne cette citation. L’autre élément très important est la respiration. Elle fait partir la flèche comme la photo. On perd conscience, connaissance, et on y est ! Entre le moment où je décide de shooter et le moment ou je me rends compte que c’est fait, c’est comme un vide total. L’impression de la lumière explique ce sentiment d’harmonie colorée. Il faut repérer très vite les dominantes. Mon grand-père était peintre et caricaturiste. Il m’a transmis l’amour et le respect de l’art. Je pense que la peinture, la sculpture et la musique sont proches du divin, de la création absolue. Henri Cartier-Bresson est devenu peintre à la fin de sa vie. Edvard Munch était très marqué par la photographie. Parfois, les chemins peuvent se confondre !


Your compositions are highly structured, the harmony coloured, very refined. Your work is close to that of a painter. Are you influenced by painting?

My parents were graphic artists; they worked at home. I liked borrowing their materials, their papers, their typography, their images. Strong compositions thus became instinctive for me, as natural as breathing. Once photographic technique is mastered, one has to forget to enable the natural to express itself. Eugen Herrigel and Daisetz T. Suzuki explain a crucial aspect of Zen in Zen and the Art of Archery. It consists of an absolute mastery of technique, movement, to finally forget it and let nature assert itself. Let the instinct that expresses itself come without consulting you. Neither goal nor intention, just non-volition, which expresses itself outside your will. This is the only way for me to approach my subject. I think there is a great similarity between shooting an arrow and shooting an image. “When I think, it become hell”, said Edward Hopper. I’ve made this quotation my own. The other very important element is breathing. It makes the arrow go just like the photograph. We lose consciousness, knowledge, and there we are! Between the moment when I decide to shoot and the moment I realise it’s done, there’s a total emptiness. The impact of the light explains this feeling of coloured harmony. You have to pick out the dominants very quickly. My grandfather was a painter and cartoonist. He passed down to me a love and respect for art. I think that painting, sculpture and music are close to the divine, to absolute creation. Henri Cartier-Bresson became a painter at the end of his life. Edvard Munch was highly affected by photography. Sometimes, paths can get confused!


Quels sont les peintres dont le travail vous inspire particulièrement ?

J’ai apprécié la peinture bien avant la photographie. Mon premier contact fut avec Jean Cocteau à Menton. Puis, plus tard, Caravage et le côté tragique, théâtral des ombres et lumières fortes. Goya et son romantisme violent, – des rouges puissants –, proche de la folie. Les monochromes de Bruegel, la peinture flamande brumeuse et bourgeoise de Vermeer, et les douceurs éclatantes d’Ingres. J’en arrive à Monet, qui traite magistralement du contre-jour et des brouillards. Cet impressionnisme des dominantes, cette simplification dans l’impression qui capte l’essentiel. Les paysages inondés de Sisley, ses solitudes, la non-reconnaissance de son travail de son vivant. Et puis Munch et Van Gogh. Difficile de ne pas être dévoré par la puissance du contact. Enfin, la peinture américaine m’a beaucoup influencé. Je citerai d’abord Andrew Wyeth, qui m’embarque dans ses vertiges, ses apesanteurs. Pour finir, le très grand Edward Hopper et ses attentes, la solitude, l’angoisse. C’est un arrêt sur image. Il aurait été très marqué par la photographie. Hopper traite beaucoup de l’illusion de la réalité. J’aime sa composition simple autour de la ligne d’horizon au centre du tableau, qui donne un fort équilibre des perspectives.


Who are the painters whose work particularly inspires you?

I liked painting well before photography. My first contact was with Jean Cocteau in Menton. Then, later, Caravaggio and the tragic, theatrical aspect of shadows and bright lights. Goya and his violent romanticism, – the strong reds –, close to madness. Bruegel’s monochromes, the hazy, bourgeois Flemish painting of Vermeer, and the dazzling gentleness of Ingres. Then I came to Monet, who deals magnificently with back-lighting and mist. This impressionism of dominants, this simplification of the impression that captures the essential. The inundated landscapes of Sisley, his solitudes, the non-recognition of his work in his lifetime. And then Munch and Van Gogh. It’s difficult not to be devoured by the force of the contact. Finally, American painting has influenced me a great deal. I would mention first of all Andrew Wyeth, who carries me away with his dizziness, his weightlessness. And lastly, the great Edward Hopper and his waiting, solitude, anxiety. The frozen image. He was apparently very much affected by photography. Hopper deals frequently with the illusion of reality. I like his simple compositions structured around the horizon at the centre of the painting, which provides a real balance of perspectives.


En photographie, quels sont les artistes qui vous ont marqué ?

J’aimerais citer Paul Auster, écrivain américain qui a beaucoup compté dans mon travail. Ses univers de villes, de quartiers singuliers, de personnages communs et pourtant excentriques comme le photographe de Smoke, m’ont toujours accompagné. Ansel Adams, est une référence du vaste. Il travaillait presque toujours à la chambre. Son travail est simplement magistral et une inspiration permanente pour la beauté de la Nature . Un œil naturel qui capte le « calme vacarme » avec ses noirs et blancs. Henri Cartier-Bresson et sa photo humaniste attrapée à la volée. Un maître de la street photography, toujours surprenant. C’est le photographe du souffle. Alexander Rodchenko, mort si jeune, qui avait des cadrages en décadrages. La photographie Russe ainsi que le cinema continuent à poser leurs empreintes dans mes images. Paul Strand et le mouvement de la "Straight Photography", regroupe toutes les finesses citées ci-dessus en y ajoutant une puissance du portrait. Pour le noir et blanc je terminerai avec le travail magistral de Robert Frank et ses "Americans", et la poésie urbaine pourtant très masculine de Berenice Abbott qui était inégalable pour ses lignes de fuite. Pour la couleur, je pense à Guy Bourdin, qui était un chirurgien du désir. Enfin, William Eggleston, pour qui toute couleur est unique du moment. Peu de tirages d'après Ektachromes ont cette perfection de la couleur. Je suis moins intéressé par la photographie conceptuelle et préfère me plonger dans la peinture classique pour réanimer mon désir de photographier.


In photography, who are the artists that have influenced you?

I’d like to mention Paul Auster, an American writer who has influenced my work very much. His universe of cities, his singular districts, and common but nonetheless eccentric characters like the photographer in Smoke, have always stayed with me. Ansel Adams is a reference for vastness. He always worked with an optical chamber. His work is simply masterful and a real inspiration to work on the beauty of Nature. A natural eye that captures the “calm racket” with his blacks and whites. Henri Cartier-Bresson and his humanistic photography snatched out of the air. A master of street photography, always surprising. He’s the photographer of breath/the breeze. Alexander Rodchenko, who died so young and made compositions of decompositions.Russian photography as well as the cinema continue to suggest inspiration in my images. Paul Strand and the movement of "straight Photography", is a condensed of all the richness above, with an add in the power of portraits. For black and white i will finish with the great work of "Robert Franck" with his "Americans", and the feminine urban poetry of "Berenice Abbott". When it comes to to colour, Guy Bourdin, who was a surgeon of desire, . Finally, William Eggleston, for whom all colour is unique to the moment. Rarely prints from slides have this color intensity. I am not so intterested by conceptual photography and prefere plunge in classical painting to wake up my curiosity and photographic desire.  

Interview by Anne-Line Roccati

 

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